Nous regardions la rue du monde, pleine de gens, mollement accoudés à la fenêtre hertzienne, installés dans l’heureuse tranquillité qui suit l’orgasme, qui permet de tout voir sans penser à mal ni à rien, qui permet de voir la télévision avec un sourire flottant aussi longtemps que se déroule le fil des émissions. Que faire après l’orgie ? Regarder la télévision. Regarder les nouvelles, regarder la machine fascinante qui fabrique du temps léger, en polystyrène, sans poids ni qualité, un temps de synthèse qui remplira au mieux ce qui reste du temps.

Pendant les préparatifs de la guerre du Golfe, et après, quand elle se déroula, je vis d’étranges choses ; le monde entier vit d’étranges choses. Je vis beaucoup car je ne quittais guère notre cocon d’Hollofil, ce merveilleux textile de Du Pont de Nemours, cette fibre polyester à canal simple qui remplit les couettes, qui ne s’affaisse pas, qui tient chaud comme il faut, bien mieux que les plumes, bien mieux que les couvertures, matière nouvelle qui permet enfin — vrai progrès technique — de rester longtemps au lit et de ne plus sortir ; car c’était l’hiver, car j’étais en pleine irresponsabilité professionnelle, et je ne faisais rien d’autre que de rester couché au côté de mon amie, regardant la télé en attendant que notre désir se reforme. Nous changions l’enveloppe de la couette quand notre sueur la rendait poisseuse, quand les taches du sperme que j’émettais en grande quantité — il faut dire : « à tort et à travers » — séchaient et rendaient le tissu râpeux.

Je vis, penchés à la fenêtre, des Israéliens au concert avec



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