
— Je comprends, dit la dame.
— Peut-être n’en voulez-vous plus…, fit MacGrown avec un geste d’impatience.
— Oh, non, Mr. Charlie, s’effaroucha la dame. Elle posa sur la table une enveloppe et dit : — Cette nuit, je voudrais revoir mon regretté mari… Elle se tut un instant et porta un mouchoir de dentelle à ses yeux.
— Avez-vous une photo de lui ? demanda Charlie.
— Certainement, je sais bien que…, s’affaira la dame. Je sais bien… Je vous en prie ! fit-elle en tendant à MacGrown une photo décolorée. Un homme maigre, aux pommettes larges, revêtu d’un uniforme flambant neuf de cosmonaute long-courrier, regardait Charlie un peu dédaigneusement.
— Eh bien, c’est faisable, dit MacGrown, en mettant la photo sur l’enveloppe.
— Comme je vous suis reconnaissante ! et rayonnant de joie, la dame se dirigea vers la porte.
— Personne suivante ! cria MacGrown vers le couloir.
Un gaillard aux épaules raides, d’allure sportive, faillit bousculer la dame en entrant.
— Encore à crédit ? questionna sévèrement MacGrown.
— Parole d’honneur, c’est la dernière fois, Mr. Charlie, sourit le gaillard d’un air coupable.
— Que voudrais-tu pour la nuit ?
— Même chose, dit le gaillard, regardant Charlie. Une rie déserte quelconque. Pour qu’il n’y ait personne là-bas. Et le silence… Cette sacrée chaîne me rendra bientôt fou, c’est sûr.
— O. K., dit MacGrown. On te trouvera une île. Tu n’as pas changé d’adresse ?
— Non, j’ai les mêmes coordonnées.
— Eh bien, vas-y.
Réconforté, le garçon se dirigea à pas rapides vers la sortie, comme s’il craignait que MacGrown ne se ravise.
— Tiens, lui lança MacGrown, dis-leur que je ne reçois plus. Ça suffit, on ferme.
Par la porte ouverte, on entendit la rumeur des voix mécontentes.
— Trente clients, c’est la limite, annonça MacGrown, retenant les battants avec les deux mains. Vous êtes beaucoup, moi, je suis seul. Revenez tôt demain matin.
