Qu’est-ce qui m’empêcherait d’épouser officiellement Cersei et de partager chaque nuit sa couche ? Les dragons épousaient bien leurs sœurs. Puisque septons, nobles et petit peuple avaient des siècles durant fermé les yeux sur les pratiques des Targaryens, pourquoi ne feraient-ils de même en faveur des Lannister ? Evidemment, cela compromettrait d’abord les prétentions au trône de Joffrey, mais, au bout du compte, c’étaient les épées qui avaient juché Robert sur le trône de Fer, et les épées sauraient y maintenir également Joffrey, de quelque graine qu’il fût issu. Nous le marierions à Myrcella, sitôt renvoyée Sansa Stark à sa mère. Cela montrerait au royaume que les Lannister ne sont pas plus soumis à ses lois que les dieux ou les Targaryens.

C’était une chose entendue pour Jaime qu’il restituerait Sansa, tout comme la cadette, si l’on parvenait à la retrouver. Un geste qui ne lui revaudrait sans doute pas son honneur perdu, mais l’idée de tenir parole quand chacun l’attendait parjure le divertissait au-delà de toute expression.

Ils dépassaient un champ de blé bordé d’un muret de pierre quand Jaime entendit sur ses arrières un froufrou soyeux comparable à l’essor simultané d’une volée d’oiseaux. « Couchés ! », lança-t-il en se plaquant lui-même sur l’encolure de son cheval. Le hongre hennit et se cabra lorsqu’une flèche lui perça la croupe. D’autres traits passèrent en sifflant. Jaime vit Frey sauter de selle et, le pied pris dans l’étrier, se tortiller, puis le palefroi s’emballer et dans son sillage traîner des gueulements avec des bonds et des rebonds de crâne.

Tandis qu’en s’ébrouant, renâclant de douleur, s’ébranlait pesamment le hongre, Jaime se démancha le col en tous sens pour repérer Brienne. Elle était toujours à cheval, une flèche logée dans son dos, une autre dans sa jambe, mais n’en paraissait pas autrement émue.



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