
— Donnez-moi l’épée, Régicide.
— Oh, volontiers.» Debout d’un bond, il se rua sur elle, et l’épée vivait dans ses mains. Brienne fit un saut en arrière tout en contrant, mais il poursuivit en pressant l’assaut. A peine détournait-elle une estocade que la suivante lui fondait dessus. Les épées ne s’étreignaient que pour dénouer leur étreinte et s’étreindre à nouveau. A tue-tête chantait le sang de Jaime. C’est pour cela qu’il était fait ; jamais il ne se sentait exister aussi vivement que lorsqu’il se battait, en équilibre à chaque coup sur le fil de mort. Et, grâce aux entraves de mes poignets, la gueuse est peut-être à même de me tenir tête un moment. Si ses chaînes l’obligeaient à ferrailler à deux mains, la portée comme le poids d’un véritable estramaçon eussent été bien sûr tout autres, mais qu’importait ? L’épée du cousin serait toujours assez longuette, allez, pour sceller le sort de cette Brienne de Torth.
D’en haut, d’en bas, de biais, il faisait grêler l’acier sur elle. Par la gauche, la droite, à revers, en un tourbillon si violent que la rencontre des épées faisait jaillir des étincelles, vers le haut, le flanc, la tête, il attaquait sans trêve, s’insinuait dans les défenses, pas et taille, estoc et pas, pas et estoc, moulinet, taille, et plus vite, toujours plus vite, de plus en plus vite…
… avant de prendre, hors d’haleine, un peu de recul et, pointe de l’épée reposant à terre, de concéder à l’adversaire un instant de répit. « Pas si mal, reconnut-il. Pour une fillette. »
Tout en s’emplissant les poumons, posément, elle le scruta d’un œil circonspect. « Je ne voudrais pas vous blesser, Régicide.
— Comme si vous le pouviez. » Il fit à nouveau virevolter l’épée par-dessus sa tête et, cliquetant de toutes ses chaînes, se précipita de nouveau sur Brienne.
