
Le surlendemain comme de juste, entre les rangs d'arbustes, le duc Pons s'indignait à haute voix du train de mesures annoncées la veille par l'ingénieur des eaux. Mettant les ruraux mal à l'aise en leur laissant prévoir d'autres dispositions iniques, il évoquait ensuite d'une voix sourde, par phrases brèves comme s'il parlait seul, le principe du syndicalisme. Ce principe était mal connu. On s'y intéressa. Bientôt naquirent des vocations, se précisèrent des tâches que se disputèrent des responsables. Une petite hiérarchie se fit jour, engendrant quelques jalousies comme le désirait Pons, qui voulut diviser encore mieux. Le plus évasivement du monde, par un jeu d'allusions historiques dont il veillait à se démarquer, il entreprit d'inoculer le germe insurrectionnel dans certains esprits choisis. Succès: peu de semaines s'écoulèrent avant qu'une scission fissurât le noyau syndical. Tôt fatigués par le rodage de ce petit appareil neuf, une frange de ruraux radicaux préconisait impatiemment l'action dure, à rebours d'un marais légaliste.
