Mais après qu'il eut repris les suggestions de Bouychou, résumé les thèses de l'Institut français du caoutchouc, rappelé quelques innovations des plantations Michelin, son enseignement commença de se distordre. Poudrant les yeux de Jouvin par son glossaire technique, improvisant pour Luce sur l'air de la gutta-percha, sans faille logique apparente il démontrait bientôt l'âpre nécessité de durcir les conditions de travail. Antisociales, quelques propositions suivaient concernant les salaires, les horaires, prîmes et congés, sanctions. Parfait, disait Jouvin, si c'est votre point de vue. Si c'est vous qui le dites, moi je n'ai rien contre. On va leur en parler demain. C'est vous qui devez parler, faisait observer Pons, c'est vous le patron. Vous êtes le patron, vous êtes fort. Vous parlez. Parfait, disait Jouvin.

Le surlendemain comme de juste, entre les rangs d'arbustes, le duc Pons s'indignait à haute voix du train de mesures annoncées la veille par l'ingénieur des eaux. Mettant les ruraux mal à l'aise en leur laissant prévoir d'autres dispositions iniques, il évoquait ensuite d'une voix sourde, par phrases brèves comme s'il parlait seul, le principe du syndicalisme. Ce principe était mal connu. On s'y intéressa. Bientôt naquirent des vocations, se précisèrent des tâches que se disputèrent des responsables. Une petite hiérarchie se fit jour, engendrant quelques jalousies comme le désirait Pons, qui voulut diviser encore mieux. Le plus évasivement du monde, par un jeu d'allusions historiques dont il veillait à se démarquer, il entreprit d'inoculer le germe insurrectionnel dans certains esprits choisis. Succès: peu de semaines s'écoulèrent avant qu'une scission fissurât le noyau syndical. Tôt fatigués par le rodage de ce petit appareil neuf, une frange de ruraux radicaux préconisait impatiemment l'action dure, à rebours d'un marais légaliste.



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