— Faites attention avec vos pieds, dit-il.

— Je ne l’ai pas fait exprès, dit Perets. Je ne savais pas.

— Et moi, je le savais? répliqua Touzik. Il y en a quatre lа-dessous, tвche de pas faire l’idiot.

— Moi, par exemple, je ne bois pas, fit dignement Domarochinier.

— On sait ça, comme vous buvez pas, dit Touzik. A ce compte-lа, nous non plus.

— Mais j’ai le foie malade, commença а s’inquiéter Domarochinier. Voilа un certificat.

Il fit apparaître une feuille de cahier froissée marquée d’un sceau triangulaire et la fourra sous le nez de Perets. C’était effectivement un certificat, couvert d’une écriture illisible de médecin. Perets ne put déchiffrer qu’un mot: «antabus».

— Et il y a aussi ceux de l’année dernière, et ceux de l’avant-dernière, mais ils sont dans le coffre.

Le chauffeur Touzik dédaigna d’examiner le certificat. Il ingurgita un plein verre de kéfir, porta son index replié а son nez, renifla, et, les yeux pleins de larmes, proféra d’une voix raffermie:

— Qu’est-ce qu’il y a encore dans la forêt? Des arbres. (Il s’essuya les yeux du revers de la manche.) Mais ils restent pas sur place: ils sautent. Tu comprends?

— Oui, alors? demanda avidement Perets. Comment font-ils?

— Eh bien! voilа. Il y en a un lа, immobile. Un arbre, quoi. Puis il commence а se tordre, а se nouer, et c’est parti! Un grand bruit, un craquement, tu le vois, tu le vois plus. Un bon de dix mètres. Il m’a bousillé la cabine. Puis il redevient immobile.

— Pourquoi? demanda Perets.

— Parce que ça s’appelle un arbre sauteur, expliqua Touzik en se versant un verre de kéfir.

— Hier on a reçu un lot de nouvelles scies électriques, intervint Domarochinier en se passant la langue sur les lèvres. Un rendement fabuleux. Je dirais même que ce ne sont pas des scies, mais de véritables machines а scier. Nos machines а scier de l’Eradication.



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