Le nez lui démangeait. Impossible de se gratter. Qu’est-ce que je fais là ? se demanda-t-il.

Puis les perceptions revinrent. Il entendit des gens parler et, par la visière de son casque, aperçut la poussière plane du désert, à un centimètre de son nez. Avant qu’il n’ait pu faire un geste, quelqu’un le redressa en le tirant par le bras.

Il défit son casque. Yay Méristinoux, les mains sur les hanches et tête nue comme lui, le regardait en branlant du chef. Son arme se balançait à son poignet.

« Tu as été très mauvais », lui dit-elle.

Mais il y avait de la gentillesse dans sa voix. Elle avait un visage d’enfant ravissant, mais sa voix grave et mesurée était espiègle et pleine de sous-entendus ; une voix sensuelle.

Assis çà et là sur les rochers ou dans la poussière, les autres bavardaient. Quelques-uns repartaient déjà pour le Pavillon. Yay ramassa l’arme de Gurgeh et la lui tendit. Il se gratta le nez, puis secoua la tête en signe de refus.

« Yay, fit-il. Ces choses-là sont pour les enfants. »

Elle ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle passa son arme en bandoulière et haussa les épaules. Ce geste fit étinceler les deux canons ; Gurgeh revit le déploiement de missiles fonçant sur lui et, l’espace d’une seconde, il fut pris de vertige.

« Et alors ? Au moins on ne s’ennuie pas. Tu disais t’ennuyer ; j’ai cru qu’une bonne fusillade te distrairait. »

Il s’épousseta et partit en direction du Pavillon, Yay à ses côtés. Ils croisèrent en chemin des drones de récupération qui collectaient les pièces des machines détruites.

« Tout cela est infantile, Yay. Pourquoi perds-tu ton temps à ces bêtises ? »

Ils firent halte au sommet de la dune. À une centaine de mètres se profilait le bâtiment ramassé du Pavillon ; derrière lui, le sable doré et les vagues blanches d’écume. Le soleil était haut dans le ciel, et la mer resplendissante.



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