
Boruélal hocha la tête d’un air pensif. Elle balaya les invités du regard ; une immense ovation éclata au centre de la pièce et, l’espace d’une seconde, elle eut l’air égaré.
« Pardonnez-moi, fit-elle. Il me semble détecter un incident en puissance. »
Sur ces mots, elle s’éloigna. Chamlis Amalk-ney s’écarta pour ne pas servir à nouveau de guéridon ; Boruélal prit son verre avec elle.
« As-tu vu Yay ce matin ? » demanda Chamlis à Gurgeh, qui acquiesça.
« Elle m’a fait revêtir une combinaison, trimbaler un fusil et tirer sur des missiles qui se « démantèlent par explosion », répondit-il.
« Je vois que ça ne t’a pas beaucoup plu.
« Pas du tout, en effet. Je nourrissais de grands espoirs pour cette enfant, mais qu’elle se livre encore à des âneries de ce genre et, à mon avis, c’est son intelligence qui va se démanteler en explosant.
« Ma foi, ces distractions-là ne s’adressent pas à tout le monde. Elle s’efforçait simplement de se rendre utile. Tu disais que n’arrivais pas à trouver la paix, ces derniers temps, que tu cherchais quelque chose de nouveau.
« Eh bien, ce n’était pas cela que je voulais », répliqua Gurgeh, qui se sentit soudain inexplicablement attristé.
Chamlis et lui regardèrent en silence les invités passer à côté d’eux en se dirigeant vers l’interminable enfilade de portes-fenêtres qui ouvraient sur la terrasse. Il avait dans la tête une espèce de sensation sourde, un bourdonnement ; il avait complètement oublié que, quand Bleu Vif cessait de faire son effet, il fallait exercer sur soi-même un contrôle étroit pour s’épargner les désagréments de la gueule de bois. Tandis que les gens défilaient devant lui, il se sentit légèrement nauséeux.
« Ce doit être l’heure du feu d’artifice, remarqua Chamlis.
« Oui… Allons prendre un peu l’air, veux-tu ?
