
« Oui, je vois. Mais… (Elle indiqua du bout du doigt l’hexa sur lequel Gurgeh venait de repositionner ses pions, lui conférant par là une position pouvant conduire à la victoire.) Il aurait fallu que je protège doublement ce pion-barrage deux coups plus tôt. (Elle alla prendre place sur le canapé en emportant son verre, qu’elle leva pour saluer l’homme qui souriait tranquillement en face d’elle, sur l’autre canapé.)
« À la santé du vainqueur, fit-elle.
« Tu as failli gagner, répliqua Gurgeh. Quarante-quatre coups… Tu deviens très bonne.
« Mettons relativement bonne, fit Yay en portant son verre à ses lèvres. Sans plus. (Elle se laissa aller contre le dossier du sofa tandis que Gurgeh replaçait les pions en position de début de partie et que Chamlis Amalk-ney s’approchait, sans toutefois s’interposer entre eux deux.) Tu sais, reprit-elle en contemplant le plafond décoré, j’aime toujours autant l’odeur qui règne chez toi, Gurgeh. (Elle se tourna vers le drone.) Pas toi, Chamlis ? »
L’aura de la machine s’infléchit brièvement d’un côté : chez les drones, c’était l’équivalent d’un haussement d’épaules.
« Si. C’est sans doute parce que notre hôte utilise comme bois de chauffe du bonise, tout spécialement mis au point par l’antique civilisation wavérienne il y a de cela des millénaires pour le parfum particulier qu’il répand en brûlant.
« Eh bien, c’est agréable, commenta Yay en se levant pour retourner à la fenêtre. (Là, elle secoua la tête.) Merde alors ! Qu’est-ce qu’il pleut dans le coin, Gurgeh !
« C’est à cause des montagnes », expliqua ce dernier.
La jeune fille jeta un regard circulaire, un sourcil levé.
« Pas possible ? » fit-elle.
Gurgeh sourit et caressa d’une main sa barbe impeccablement taillée.
« Et comment marche le paysagisme, Yay ?
