
Et puis, lord Cigogne avait envie de culbuter sa femme, d'augmenter la fréquence de ces parties fines dont il était friand, de la turlututer jusqu'à en perdre haleine, par-devant, par-derrière, de la faire ululer tout son plaisir, dans des râles ininterrompus, lyriques, dignes des plus somptueuses envolées copulatoires. Depuis quand n'avaient-ils plus connu ce genre de séance enivrante ?
Alors que tous deux raffolaient des jeux de la peau. La vie droitière ne laissait à ce type de divertissement que la portion congrue, rarement en pleine journée. Chez les Cigogne, on se dédommageait comme on pouvait, grâce aux chétives voluptés du samedi soir, un peu trop hâtives hélas... Ces étreintes hebdomadaires étaient bien souvent bâclées, tant la pression de la semaine écoulée pesait encore sur les amants du dimanche. Triste rémanence. Alors, malgré l'envie, pas encore morte, l'empressement à forniquer s'était un peu épuisé. Sûr que sur l'île des Gauchers la trique serait au rendez-vous ! Et avec quel entrain ils se sauteraient dessus, les vieux époux ! Rien que d'y penser, Cigogne se sentait gagné par des appétits. Dieu que l'on baise peu et mal chez les Mal-Aimés ; et comme cette vie à côté de la Vie maltraite nos sens !...
Jeremy était presque certain que cette aventure tenterait Emily. Depuis six mois, il voyait bien qu'elle avait du mal à se couler dans leur existence de droitiers qui, par degrés, les entraînait loin des vertiges qu'elle désirait connaître. Emily réclamait contre ses absences, se reprochait d'entrer dans ce rôle de râleuse, puis querellait à nouveau Jeremy de permettre que sa vie professionnelle confisquât ce peu de temps sans lequel l'amour s'étiole, faute de se transposer en actes. Leurs relations étaient distraites par mille futilités, trop exposées aux tensions de la vie extérieure, polluées par ce que réclame la vie droitière.
