
— Madame votre mère est loin, mon prince. » Mestre Luwin lui enfila une robe de chambre par-dessus la tête. « Mais nous sommes là, Bran et moi. » Il lui prit la main pour l’entraîner.
A l’étage inférieur, un type chauve armé d’une pique plus haute que lui de trois pieds poussait devant lui les Reed. Le regard de Jojen s’attarda sur Bran, telles deux flaques glauques de chagrin. D’autres Fer-nés talonnaient les Frey. « Voilà ton frère sans royaume, lança Petit Walder. Terminé, le prince, plus qu’un otage.
— Comme vous, répliqua Jojen, et moi, et nous tous.
— Qui te cause, bouffe-grenouilles ? »
La pluie qui avait repris eut tôt fait de noyer la torche qu’un de leurs gardes brandissait devant. Tandis qu’on traversait précipitamment la cour, ne cessait de retentir le hurlement des loups dans le bois sacré. Pourvu qu’Eté ne se soit pas blessé en tombant de l’arbre…
Theon Greyjoy occupait le grand trône des Stark. Il s’était défait de son manteau. Un surcot noir frappé d’or à la seiche couvrait son haubert de maille fine. Ses mains reposaient sur les têtes de loup sculptées dans la pierre des accoudoirs. « Il est assis dans le fauteuil de Robb ! s’étrangla Rickon.
— Chut », souffla Bran, conscient de l’atmosphère menaçante que son frère était trop jeune pour percevoir. Bien que l’on eût allumé quelques torches et fait une flambée dans la vaste cheminée, la salle demeurait quasiment plongée dans l’obscurité. Les bancs empilés le long des murs interdisaient à quiconque de s’asseoir. Aussi les gens du château se pressaient-ils, debout, par petits groupes muets de peur. Il y discerna la bouche édentée de Vieille Nan qui s’ouvrait et se fermait convulsivement. Deux gardes portaient Bille-de-foin, la poitrine nue sous des bandages ensanglantés. Tym-la-Grêle pleurait éperdument, la panique faisait hoqueter Beth Cassel.
