
— Qu’est-ce là, Hèvre ? demanda ser Amory d’un air renfrogné.
— Prifonniers. Roof Bolton foulait traferfer la rifière, mes Brafes Compaings ont taillé en pièfes fon afant-garde. Tué des maffes et fait fuir Bolton. Fui-là, f’est leur fef, Glofer, et f’t’ autre, derrière, fer Aenyf Frey. »
Les petits yeux de goret de ser Amory Lorch s’abaissèrent sur les captifs ligotés. Arya le soupçonna de n’être pas précisément enchanté. Que les deux hommes s’exécraient, nul ne l’ignorait. « Fort bien, dit-il. Jetez-les aux cachots, ser Cadwyn. » Le seigneur au poing brandi leva les yeux vers lui. « On nous avait promis de nous traiter avec honneur, protesta-t-il, et…
— Filenfe ! » lui cria Varshé Hèvre dans un flot de postillons.
Ser Amory reprit la parole à l’intention des prisonniers. « Les promesses d’Hèvre n’engagent que lui. C’est à moi que lord Tywin a confié le gouvernement d’Harrenhal, et j’en agirai avec vous selon mon bon plaisir. » Il fit un geste vers ses gardes. « Sous la tour de la Veuve. La cellule devrait être assez vaste pour les contenir tous. Libre à ceux qui refuseraient de s’y rendre de mourir ici. »
Comme s’ébranlaient les captifs, harcelés par le fer des piques, Arya vit émerger du trou de l’escalier Zyeux-roses, que les torches faisaient clignoter. Il gueulerait, s’il découvrait son escapade, menacerait de la fouetter, de la peler vive, mais elle ne craignait rien. Il n’était pas Weese. Il n’arrêtait pas de gueuler, il menaçait sans arrêt tel ou tel de le fouetter, de le peler vif, et il n’avait jusqu’à présent jamais frappé personne. Mieux valait néanmoins ne pas se laisser voir… Elle examina prestement les entours. On était en train de dételer les bœufs, de décharger les voitures, les Braves Compaings réclamaient à boire comme des forcenés, les curieux s’attroupaient autour de l’ours en cage. Avec pareil remue-ménage, pas bien dur de s’esbigner en catimini. Elle reprit le chemin de l’aller, juste soucieuse de disparaître avant que quiconque ne la remarque et n’ait la fantaisie de la fiche au boulot.
