
Elle dépassait l’armurerie quand y résonna le fracas d’un marteau. Les hautes fenêtres s’orangeaient d’une lueur sourde. Elle escalada le toit pour jeter un coup d’œil à l’intérieur. Gendry martelait un corselet de plates. Dès qu’il travaillait, plus rien n’existait à ses yeux que le métal, les soufflets, le feu. Bras et marteau semblaient ne faire qu’un. Elle regarda jouer les muscles de son torse tout en l’écoutant frapper sa mélodie d’acier. Costaud, pensa-t-elle. Comme il saisissait les pinces à long manche pour plonger l’ouvrage dans le bain de trempe, elle se faufila par la fenêtre et atterrit à ses côtés.
Il ne se montra pas surpris de son intrusion. « Devrais être au pieu, ma fille. » Au contact de l’eau froide, l’acier rougi poussa des sifflements de chat. « C’était quoi, ce vacarme ?
— Varshé Hèvre, de retour avec des prisonniers. J’ai vu leurs écussons. Il y a un Glover, de Motte-la-Forêt. Un homme de mon père. Les autres aussi, pour la plupart. » En un éclair, elle sut pourquoi ses pas l’avaient conduite là. « Tu dois m’aider à les délivrer. »
Il se mit à rire. « Et on s’y prend comment ?
— Ser Amory les a fait jeter au cachot. Dans le grand, sous la tour Plaintive, il n’y en a qu’un. Tu n’auras qu’à défoncer la porte avec ton marteau, et…
— Et les gardes me regarderont faire en prenant seulement des paris sur le nombre de coups qu’il me faudra donner, peut-être ? »
Elle se mâchouilla la lèvre. « On les tuerait.
— De quelle manière, selon toi ?
— Il n’y en aura pas beaucoup, peut-être.
— Même que deux, ça fait trop de monde pour toi et moi. T’as rien appris là-bas, dans ce village, hein ? T’essaies ça, et Varshé Hèvre te coupera comme y sait faire les mains et les pieds. » Il reprit ses pincettes.
