
— Régicide , bouffon de bouffon », repartit Renly, et toute la salle de s’esbaudir.
Lord Rowan ne partagea point cette hilarité. « Sont-ils jeunes… », commenta-t-il.
Il disait vrai. Le chevalier des Fleurs ne devait pas avoir seulement fêté son deuxième anniversaire quand Robert tuait le prince Rhaegar au gué du Trident. Rares étaient les convives beaucoup plus âgés. La plupart des autres marchaient à peine, lors du sac de Port-Réal, et ils n’étaient guère, au moment où Balon Greyjoy soulevait les îles de Fer, oui, guère que des gamins. Ils n’ont pas encore subi l’épreuve du sang , songea-t-elle en regardant lord Bryce défier ser Robar à jongler avec deux poignards. Ils ne voient encore là-dedans qu’un jeu, qu’un tournoi en grand, ils n’y discernent qu’occasions d’honneur, de gloire et de dépouilles. Ce sont des gosses enivrés de chansons, de fables et qui, comme tous les gosses, se croient immortels.
« La guerre va les vieillir, dit-elle, comme elle nous a vieillis nous-mêmes. » Juste une fillette lorsque Robert et Ned et Jon Arryn levaient l’étendard de la révolte contre Aerys Targaryen, et déjà femme, la guerre achevée… « Je les plains.
— Pourquoi cela ? s’étonna lord Rowan. Considérez-les. Ils sont jeunes et vigoureux, débordants de rires et de vitalité. Et d’appétit, mouais, de trop d’appétit pour savoir qu’en faire. Il sera conçu maint bâtard, cette nuit, si vous m’en croyez. Les plaindre…, pourquoi ?
— Parce que cela ne va pas durer, répondit-elle tristement. Parce qu’ils sont des chevaliers d’été, et que l’hiver vient.
— Vous faites erreur, lady Catelyn. » Aussi bleus que son armure, les yeux de Brienne la dévisageaient. « Pour nos pareils, l’hiver ne viendra jamais. Dussions-nous périr au combat, nul doute, on nous chantera, et les chansons parlent toujours d’été. Tous les chevaliers des chansons brillent par leur vaillance, et toutes les filles par leur beauté, sous un soleil éternellement éclatant. »
