
De vagues flonflons montaient de la grande salle et s’éparpillaient dans la nuit. Compter les étoiles…
« D’après mes informations, reprit Renly, votre fils a traversé le Neck à la tête de vingt mille épées. Mettons, maintenant qu’il a les seigneurs du Trident, qu’il en commande quarante mille ? »
Non, pensa-t-elle, tant s’en faut. Nous en avons perdu sur les champs de bataille, et d’autres encore pour la moisson.
« J’en ai deux fois plus, ici, poursuivit Renly, et ils ne représentent qu’une partie de mes forces. A Hautjardin, Mace Tyrell en a conservé dix mille autres, une garnison puissante me garde Accalmie, et les gens de Dorne ne tarderont pas à me grossir de toutes leurs troupes. Ce sans oublier mon frère, Stannis, qui tient sous sa coupe, outre Peyredragon, les seigneurs du détroit.
— N’est-ce pas vous plutôt qui l’oublieriez, Stannis ? rétorqua-t-elle avec plus de mordant qu’elle ne l’eût voulu.
— Vous voulez dire ses présomptions ? » Il éclata de rire. « Parlons sans détours, madame. Stannis ferait un roi épouvantable. Il n’est d’ailleurs pas à même de le devenir. Les gens le respectent et même le craignent, mais il en est infiniment peu qui se soient jamais avisés de l’aimer.
— Il n’en est pas moins votre aîné. Si l’un de vous deux peut être réputé prétendant légitime au Trône de Fer, c’est sans conteste lord Stannis. »
Il haussa les épaules. « De quel droit au Trône de Fer, dites-moi, pouvait se prévaloir Robert ? » Il n’attendit pas la réponse. « Oh, on ne se priva pas d’invoquer les liens du sang des Baratheon et des Targaryen, telles épousailles séculaires, tels cadets, telles filles aînées. Autant de foutaises tout juste bonnes pour les mestres. C’est avec sa masse d’armes que Robert s’adjugea le trône. » Sa main balaya l’espace où pétillaient d’un horizon l’autre les feux de camp.
