
« Maudits soient les dieux ! jura quelqu’un, v’là qu’est foutu Ronnet le Rouge !
— Loras lui f’ra son affaire, à c’ bleu », grogna un compère, avant qu’un second rugissement ne noyât la suite du propos.
Un nouveau compétiteur gémissait désormais, coincé sous son cheval blessé qui gémissait aussi. Des écuyers se précipitèrent à leur secours.
Folie, folie, songeait Catelyn. Malgré des ennemis véritables de toutes parts et la moitié du royaume en flammes, Renly s’amuse ici à singer la guerre comme un gosse armé de sa première latte.
Dans leurs loges, dames et seigneurs se montraient aussi passionnés par la mêlée que les jouteurs eux-mêmes. Grâce aux relations suivies de son père avec eux, Catelyn reconnaissait là nombre d’hôtes de Vivesaigues. Lord Mathis Rowan, plus gueulard et bouffi que jamais, sous l’arbre d’or qui barrait son pourpoint blanc. Un rang plus bas, lady du Rouvre, frêle et délicate ; à sa gauche, lord Randyll Tarly de Corcolline derrière le dossier duquel dépassait la garde de sa longue épée, Corvenin. Tels autres encore dont elle ne connaissait que les armoiries. Puis des inconnus complets.
Et, au milieu d’eux, trépignant et riant avec sa jeune épouse, un fantôme couronné d’or…
Rien d’étonnant , se dit-elle, qu’une telle ferveur s’agglutine autour de sa personne, c’est Robert, Robert ressuscité. A vingt et un ans, Renly était beau comme Robert l’avait été ; aussi large d’épaules et délié des membres ; avec la même chevelure de jais, les mêmes traits nobles et réguliers ; avec les mêmes prunelles bleu sombre et le même sourire amène. Et cet air de porter naturellement le mince diadème qui cerclait son front. Une exquise guirlande de roses d’or souple d’où se détachait, en médaillon de jade ombreux, un chef de cerf aux yeux et aux andouillers d’or.
