
Et pourtant…, pourtant…, la comète, à présent, brûlait même de jour, tandis que de Montdragon, derrière le château, les bourrasques exhalaient des vapeurs grisâtres ; et un corbeau blanc, pas plus tard que la veille, était arrivé de la Citadelle annoncer la fin de l’été, nouvelle qui, pour avoir été dès longtemps pressentie, prévue, n’en était pas moins effrayante. Présages, présages partout. Trop nombreux pour qu’on les récuse. Il avait envie de hurler : que signifie tout cela ?
« Mestre, nous avons de la visite », chuchota Pylos, en homme qui répugne à troubler de solennelles méditations. S’il avait deviné quelles balivernes occupaient Cressen, il aurait glapi. « La princesse aimerait voir le corbeau blanc. » Avec son sens aigu des convenances, il l’appelait désormais princesse, puisqu’aussi bien le seigneur son père était devenu roi. Roi, certes, d’un écueil tout froncé par les flots salés, mais roi tout de même. « Son fou l’accompagne. »
Le vieillard se détourna de l’aube en se cramponnant d’une main à la vouivre pour conserver l’équilibre. « Ramène-moi à mon fauteuil avant de les introduire. »
Agrippé au bras de Pylos, il regagna la pièce. Preste et vif dans sa jeunesse, il avait, à près de quatre-vingts ans, des faiblesses de jambes et le pied instable. Il s’était, deux ans plus tôt, brisé la hanche en tombant, et la fracture ne s’était pas bien ressoudée. Et il n’avait pas été dupe lorsque, à l’occasion de sa maladie, l’année précédente, juste avant que lord Stannis ne retranche l’île, Villevieille avait envoyé Pylos… le seconder, prétendument. Attendre en fait sa mort pour le remplacer, mais il n’en avait cure. Il fallait bien quelqu’un pour lui succéder, dût ce quelqu’un là trouver la pilule prématurée…
