
Les coups plurent dru. L’Os considéra ses agresseurs sans curiosité. Il avait pris du recul par rapport à la douleur. Frustré par son absence de réaction, ils le frappèrent encore plus fort. Puis, peut-être gênés par les excès qu’il leur avait inspirés, ils s’éloignèrent un à un, et le jaune, sa casquette bleue désormais de travers, marmonna quelques mots que L’Os ne comprit pas avant de le pousser du pied à bas de la pente caillouteuse.
L’Os se retrouva avec de l’eau froide et stagnante jusqu’à la taille, la tête nichée dans les scories et les cailloux, l’haleine s’élevant comme de la vapeur vers le ciel.
Il écouta un moment les crissements métalliques des wagons qu’on accouplait et découplait dans l’obscurité matinale.
Il cligna des yeux, les ferma, et le temps s’arrêta.
Il aurait pu mourir. Il avait déjà frôlé la mort, une douzaine de fois auparavant, à une douzaine d’endroits différents. Mais cette fois-là comme les précédentes, un noyau de résolution durcit en lui. En s’éveillant, il le sentit comme une chanson dans son corps. Une chanson diffuse, sans rien de précis, à laquelle il ne pouvait attribuer de paroles. Mais il savait ce qu’elle signifiait. Elle signifiait qu’il survivrait, qu’il guérirait, qu’il poursuivrait son chemin. Il lui semblait qu’il n’avait, toute sa vie, cessé de poursuivre son chemin.
Il y eut des doigts, légers, sur son cou, sa poitrine, ses pieds.
