Avait-elle communiqué ces noms au procureur général avant de partir pour l'échafaud dans le tombereau aux immondices ?

Nicolas Gabriel de La Reynie ne le dit pas.

Ou plutôt, Illustrissimes Seigneuries, il rappelle le décès suspect de Mme Henriette, épouse du duc d'Orléans, mais aussi la disparition de Hugues de Lionne, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, en guerre avec son épouse aux moeurs libertines, ou encore la mort du comte de Soissons dont la mère avait exigé une autopsie, persuadée qu'il avait été empoisonné par son épouse Olympe Mancini, nièce de Mazarin et jadis grand amour du jeune Louis XIV.

La Reynie indique aussi – mais sans rapporter ces propos à la conversation de la marquise de Brinvilliers avec le procureur général – que dans l'entourage de la Brinvilliers et de son amant le chevalier de Sainte-Croix, il y avait des domestiques – les Guesdon – qu'on retrouvait, sans pouvoir les impliquer, dans d'autres affaires d'empoisonnements. Il évoque un complot de proches de Nicolas Fouquet, le surintendant enfermé par décision du Roi en 1664, qui voulaient empoisonner à la fois Colbert et le Roi.

Ces allusions indiquent que La Reynie commençait à penser que les alchimistes, les devineresses, les prêtres sacrilèges, les « empoisonneurs » formaient une sorte de confrérie avec ses rituels, ses liens étroits, ses savoirs échangés, et qu'ils offraient à qui le désirait, contre argent comptant, les services attendus : deviner et orienter l'avenir, élaborer des drogues pour faire naître un amour, supprimer un rival.

En 1673, Nicolas Gabriel de La Reynie écrit que les prêtres de Notre-Dame qui recevaient des pénitents l'avaient averti que « la plupart de ceux qui se confessent à eux depuis quelque temps s'accusent d'avoir empoisonné quelqu'un ».



16 из 63