
La Voisin portait une « robe d'empereur » de velours vert et un manteau de velours rouge sang, l'un et l'autre brodés d'or.
Je sais aujourd'hui que lorsque Nicolas Gabriel de La Reynie murmurait : « Je n'imaginais pas qu'il existât en notre royaume, au coeur de sa capitale, de telles sorcières », il songeait à la Voisin.
Elle régnait sur les empoisonneuses. Elle leur fournissait drogues et poudres de succession, elle les conseillait, les fustigeait, les menaçait. On la craignait.
On lui adressait les plus exigeantes de ces dames, celles qu'on ne réussissait pas à satisfaire.
Elle, la Voisin, pouvait organiser des messes noires. Elle avait pour amant un maître en filouterie, Lesage, qui se présentait en envoyé du diable. Il était associé à l'abbé Mariette et ensemble ils organisaient, comme l'abbé Guibourg, des cérémonies sacrilèges.
Et à ces « messes à l'envers », à ces consécrations d'hosties par le sang de jeunes enfants égorgés, des dames de haute condition assistaient.
Et certaines, nues et enduites, la tête reposant sur des cousins, servaient d'autel, et l'on plaçait sur leurs seins un crucifix, un calice. Et on demandait au diable de satisfaire les désirs de ces dames.
La Voisin rompit avec Lesage, le dénonça, ainsi que l'abbé Mariette. Lesage fut condamné aux galères. Libéré, il revint néanmoins à Paris et renoua avec la Voisin.
Mais celle-ci s'était entre-temps amourachée d'un certain Blessis, alchimiste, faux-monnayeur, prétendant avoir réussi à obtenir, à partir de vil métal, de l'argent, et capable d'élaborer toutes sortes de poisons.
Blessis était un homme précieux, si recherché que le marquis des Termes, grand seigneur endetté, le séquestra en son château pour lui faire avouer ses secrets.
Ce marquis des Termes était le neveu de M. de Montespan. Et celui-ci, l'époux de la maîtresse officielle de Sa Majesté Louis XIV, Athénaïs de Montespan.
Avec ce nom de Montespan, Illustrissimes Seigneuries, nous voici au bord du grand secret.
