
Ce souverain dont toutes les femmes – La Reynie le murmurait avec une sorte d'effarement – rêvaient de faire la conquête, quels que fussent les moyens qu'elles devaient employer pour y parvenir.
Ayant lu les documents établis par les enquêteurs, le Roi – m'avait confié La Reynie – avait relevé la tête et était resté longuement silencieux, deux rides se creusant de part et d'autre de sa bouche, son visage exprimant l'amertume et l'inquiétude.
– Peut-être à cet instant s'est-il souvenu de ses maux de tête, de ses accès inopinés de somnolence, et a-t-il pour la première fois pensé qu'on pouvait répandre sur ses plats, verser dans ses verres l'une de ces poudres que la Voisin et ses semblables préparaient et vendaient aux grandes dames de la Cour ?
Le maréchal de Luxembourg, chef de guerre victorieux, dut lui aussi se justifier devant la Chambre ardente, accusé d'avoir eu commerce avec les sorciers. On le soupçonna d'avoir voulu se débarrasser d'une épouse riche et si laide qu'il n'osait la montrer à la Cour.
Il en fut de même pour la duchesse de Vivonne qui aurait demandé à la Voisin de « quoi se défaire » de son mari, d'obtenir à cette fin l'une de ces « poudres de succession ».
Or la duchesse de Vivonne était l'épouse de Louis-Victor de Rochechouart, maréchal de France, vice-roi de Sicile en 1675, et surtout le propre frère de la marquise de Montespan qui fut un temps, je l'ai indiqué dans mes Relations régulières, la femme la plus influente de la Cour, puisqu'elle était la maîtresse en titre du Roi.
En écoutant Nicolas Gabriel de La Reynie, j'ai pu mesurer combien le lieutenant général de police avait été bouleversé en découvrant les relations qu'entretenaient ces Grands du royaume, les plus proches du Roi, avec les sorciers empoisonneurs. Son visage, des années plus tard, en exprimait encore du désarroi.
