
Une fois cela établi, je compris qu’il devait s’agir d’un mouvement de son bras vers le haut, comme un salut, au moment où il quittait le dortoir. Pendant une heure ou plus, je cherchai vainement la raison d’un tel geste. Je ne pouvais que supposer que, quelle qu’elle fut, elle avait dû être détruite par le temps. J’essayai de me rappeler si le couloir devant notre dortoir avait, dans ce passé pas tellement lointain, abrité quelque chose de disparu maintenant, une tenture ou un store ou un mécanisme quelconque dont la mise en marche pouvait fournir l’explication. Mais il n’y avait rien.
Je sortis dans le couloir et examinai minutieusement le sol pour essayer de trouver des marques de meubles. Je cherchai des clous ou des crochets dans les murs, j’écartai les vieilles tapisseries. Au risque d’attraper le torticolis, je scrutai le plafond sous tous les angles. Puis, au bout d’une heure de recherches vaines, je pensai à examiner la porte elle-même et vis ce que je n’avais pas remarqué les milliers de fois où je l’avais franchie : comme toutes les portes de cette maison, qui est très ancienne, elle possédait un cadre massif constitué par d’épais panneaux de bois, et l’un d’eux, formant linteau, était suffisamment saillant par rapport au mur pour former une étroite étagère au-dessus de la porte.
Je poussai mon fauteuil dans le couloir et je grimpai dessus. L’étagère était couverte d’une épaisse couche de poussière dans laquelle se trouvaient quarante-sept flûtes de Pan ayant appartenu à mon frère ainsi que d’innombrables autres petits objets dont certains évoquaient pour moi des souvenirs mais dont d’autres n’ont pas encore à ce jour allumé la moindre lueur de réminiscence dans les recoins de ma mémoire.
