Appelé par la lumière, un pékinois blanc entra en trottant. Elle l'appela d'une voix fatiguée :

- Chienvelu, chienmoussu, chientouffu !

Elle le saisit de la main gauche, l'éleva jusqu'à son visage en le caressant :

« Lapin, dit-elle, en souriant, lapin lapinovitch...

- Il te ressemble, dit Kyo.

- N'est-ce pas ?

Elle regardait dans la glace la tête blanche collée contre la sienne, au-dessus des petites pattes rapprochées. L'amusante ressemblance venait de ses hautes pommettes germaniques. Bien qu'elle ne fût qu'à peine jolie, il pensa, en le modifiant, au salut d'Othello. « Ô ma chère guerrière... »

Elle posa le chien, se leva. Le manteau à demi ouvert, en débraillé, indiquait maintenant les seins haut placés, qui faisaient penser à ses pommettes. Kyo lui raconta sa nuit.

- À l'hôpital, répondit-elle, ce soir, une trentaine de jeunes femmes de la propagande échappées aux troupes blanches... Blessées. Il en arrive de plus en plus. Elles disent que l'armée est tout près. Et qu'il y a beaucoup de tuées...

- Et la moitié des blessées mourront... La souffrance ne peut avoir de sens que quand elle ne mène pas à la mort, et elle y mène presque toujours.

May réfléchit :

- Oui, dit-elle enfin. Et pourtant c'est peut-être une idée masculine. Pour moi, pour une femme, la souffrance - c'est étrange - fait plus penser à la vie qu'à la mort... À cause des accouchements, peut-être...

Elle réfléchit encore :

« Plus il y a de blessés, plus, l'insurrection approche, plus on couche.

- Bien entendu.

- Il faut que je te dise quelque chose qui va peut-être un peu t'embêter...

Appuyé sur le coude, il l'interrogea du regard. Elle était intelligente et brave, mais souvent maladroite.

- J'ai fini par coucher avec Lenglen, cet après-midi.



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