Elle se leva, alla jusqu'à la fenêtre. Elle marchait avec netteté, malgré sa fatigue. Choisissant, par crainte et pudeur sentimentale mêlées, de ne plus parler de ce qu'elle venait de dire puisqu'il se taisait, désirant fuir cette conversation à laquelle elle sentait pourtant qu'ils n'échapperaient pas, elle essaya d'exprimer sa tendresse en disant n'importe quoi, et fit appel, d'instinct, à un animisme qu'il aimait : en face de la fenêtre, un des arbres de Mars s'était épanoui pendant la nuit ; la lumière de la pièce éclairait ses feuilles encore recroquevillées, d'un vert tendre sur le fond obscur :

- Il a caché ses feuilles dans son tronc pendant le jour, dit-elle, et il les sort cette nuit pendant qu'on ne le voit pas.

Elle semblait parler pour elle-même, mais comment Kyo se fût-il mépris au ton de sa voix ?

- Tu aurais pu choisir un autre jour, dit-il pourtant entre ses dents.

Lui aussi se voyait dans la glace, appuyé sur son coude, - si japonais de masque entre ses draps blancs. « Si je n'étais pas métis... » Il faisait un effort intense pour repousser les pensées haineuses ou basses toutes prêtes à justifier et nourrir sa colère. Et il la regardait, la regardait, comme si ce visage eût dû retrouver, par la souffrance qu'il infligeait, toute la vie qu'il avait perdue.

- Mais, Kyo, c'est justement aujourd'hui que ça n'avait pas d'importance... et...

Elle allait ajouter : « Il en avait si envie. » En face de la mort, cela comptait si peu... Mais elle dit seulement :

- ... moi aussi, demain, je peux mourir...



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