– Eh! maître Chicot, dit Henri, deux rois ici, c'est beaucoup.


– En ce cas, continue à me laisser jouer mon rôle de roi à ma guise, et joue le rôle du duc d'Anjou à la tienne; peut-être qu'on te prendra pour lui, et qu'on te dira des choses qui t'apprendront, non pas ce qu'il pense, mais ce qu'il fait.


– En effet, dit le roi en regardant avec humeur autour de lui, mon frère d'Anjou n'est pas venu.


– Raison de plus pour que tu le remplaces. C'est dit: je suis Henri et tu es François. Je vais trôner, tu vas danser; je ferai pour toi toutes les singeries de la couronne, et toi, pendant ce temps, tu t'amuseras un peu, pauvre roi!


Le regard du roi s'arrêta sur Saint-Luc.


– Tu as raison, Chicot, je veux danser, dit-il.


– Décidément, pensa Brissac, je m'étais trompé en croyant le roi irrité contre nous. Tout au contraire, le roi est de charmante humeur.


Et il courut à droite et à gauche, félicitant chacun, et surtout se félicitant lui-même d'avoir donné sa fille à un homme jouissant d'une si grande faveur près de Sa Majesté.


Cependant Saint-Luc s'était rapproché de sa femme. Mademoiselle de Brissac n'était pas une beauté, mais elle avait de charmants yeux noirs, des dents blanches, une peau éblouissante; tout cela lui composait ce qu'on peut appeler une figure d'esprit.


– Monsieur, dit-elle à son mari, toujours préoccupée qu'elle était par une seule pensée, que me disait-on, que le roi m'en voulait? Depuis qu'il est arrivé, il ne cesse de me sourire.


– Ce n'est pas ce que vous me disiez au retour du dîner, chère Jeanne, car son regard, alors, vous faisait peur.


– Sa Majesté était sans doute mal disposée alors, dit la jeune femme; maintenant…



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