Chicot souffla donc sur les charbons du brasier pour éclairer un peu la scène.


Au bruit de ce souffle, Gorenflot cessa de ronfler et murmura:


– Mes frères! voici un vent féroce: c'est le souffle du Seigneur, c'est son haleine qui m'inspire.


– Et il se remit à ronfler.


Chicot attendit un instant que le sommeil eût bien repris toute son influence, et commença de démailloter le moine.


– Brrrrou! fit Gorenflot. Quel froid! Cela empêchera le raisin de mûrir.


Chicot s'arrêta au milieu de son opération, qu'il reprit un instant après.


– Vous connaissez mon zèle, mes frères, continua le moine, tout pour l'Église et pour monseigneur le duc de Guise.


– Canaille! dit Chicot.


– Voilà mon opinion, reprit Gorenflot; mais il est certain…


– Qu'est-ce qui est certain? demanda Chicot en soulevant le moine pour lui passer sa robe.


– Il est certain que l'homme est plus fort que le vin; frère Gorenflot a combattu contre le vin, comme Jacob contre l'ange, et frère Gorenflot a dompté le vin.


Chicot haussa les épaules.


Ce mouvement intempestif fit ouvrir un œil au moine, et, au-dessus de lui, il vit le sourire de Chicot, qui semblait livide et sinistré à cette douteuse lueur.


– Ah! pas de fantômes, voyons, pas de farfadets, dit le moine, comme s'il se plaignait à quelque démon familier, oublieux des conventions qu'il avait faites avec lui.


– Il est ivre mort, dit Chicot en achevant de rouler Gorenflot dans sa robe et en ramenant son capuchon sur sa tête.


– À la bonne heure, grommela le moine, le sacristain a fermé la porte du chœur, et le vent ne vient plus.


– Réveille-toi maintenant si tu veux, dit Chicot, cela m'est bien égal.



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