Chicot était caché derrière une roche, et continuait de là ses signaux et ses menaces.


Cette précaution fit comprendre au moine qu'il y avait quelque chose sous jeu. Il regarda en avant et aperçut à cinq cents pas sur la route trois hommes qui cheminaient tranquillement sur leurs mules. Au premier coup d'œil, il reconnut les voyageurs qui étaient sortis le matin de Paris par la porte Bordelle, et que Chicot, à l'affût derrière son arbre, avait si ardemment suivis des yeux.


Chicot attendit dans la même posture que les trois voyageurs fussent hors de vue; puis, alors seulement, il rejoignit son compagnon, qui était resté assis à la même place où il était tombé, tenant toujours la longe de Panurge entre les mains.


– Ah çà! dit Gorenflot, qui commençait à perdre patience, expliquez-moi un peu, cher monsieur Chicot, le commerce que nous faisons: tout à l'heure il fallait courir ventre à terre, maintenant il faut demeurer court à l'endroit où nous sommes.


– Mon bon ami, dit Chicot, je voulais savoir si votre âne était de bonne race et si je n'avais pas été volé en le payant vingt-deux livres; maintenant l'expérience est faite, et je suis on ne peut plus satisfait.


Le moine ne fut pas dupe, comme on le comprend bien, d'une pareille réponse, et il se préparait à le faire voir à son compagnon, lorsque sa paresse naturelle l'emporta, lui soufflant à l'oreille de n'entrer dans aucune discussion.


Il se contenta donc de répondre, sans même cacher sa mauvaise humeur:


– N'importe, je suis fort las, et j'ai très faim.


– Eh bien, qu'à cela ne tienne, reprit Chicot en frappant gaillardement sur l'épaule du frocard, moi aussi je suis las, moi aussi j'ai faim, et à la première hôtellerie que nous trouverons sur notre…


– Eh bien, demanda Gorenflot, qui avait peine à croire au retour qu'annonçaient les premières paroles du Gascon.



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