
– Il va, il va! cria le moine à Chicot.
– N'importe, dit celui-ci, pour qui voyage en compagnie d'un âne et d'un moine, un bâton n'est jamais inutile.
Et le Gascon acheva de cueillir le sien.
IV Comment frère Gorenflot troqua son âne contre une mule, et sa mule contre un cheval.
Cependant les tribulations de Gorenflot touchaient à leur terme, pour cette journée du moins; après le détour fait, on reprit le grand chemin, et l'on s'arrêta à trois quarts de lieue plus loin, dans une auberge rivale. Chicot prit une chambre qui donnait sur la route et commanda le souper, qui lui fut servi dans la chambre; mais on voyait que la nutrition n'était que la préoccupation secondaire de Chicot. Il ne mangeait que de la moitié de ses dents, tandis qu'il regardait de tous ses yeux et écoutait de toutes ses oreilles. Cette préoccupation dura jusqu'à dix heures; cependant, comme à dix heures Chicot n'avait rien vu ni rien entendu, il leva le siége, ordonnant que son cheval et l'âne du moine, renforcés d'une double ration d'avoine et de son, fussent prêts au point du jour.
À cet ordre, Gorenflot, qui depuis une heure paraissait endormi et qui n'était qu'assoupi dans cette douce extase qui suit un bon repas arrosé d'une quantité suffisante de vin généreux, poussa un soupir.
– Au point du jour? dit-il.
– Eh! ventre de biche! reprit Chicot, tu dois avoir l'habitude de te lever à cette heure-là!
