
Le duc, sur qui chacun avait les yeux fixés, laissa percer une joie soudaine.
– C'est bien, dit-il, merci. Monsieur de Monsoreau, aujourd'hui comme toujours, je vous trouve fidèle serviteur; continuons de souper, messieurs.
Et il rapprocha de la table son fauteuil qu'il avait éloigné un instant pour écouter M. de Monsoreau.
Le festin recommença; le grand veneur, placé entre Livarot et Ribérac, n'eut pas plutôt goûté les douceurs d'un bon siège, et ne se fut pas plutôt trouvé en face d'un repas copieux, qu'il perdit tout à coup l'appétit.
L'esprit reprenait le dessus sur la matière.
L'esprit, entraîné dans de tristes pensées, retournait au parc de Méridor, et, faisant de nouveau le voyage que le corps brisé venait d'accomplir, repassait, comme un pèlerin attentif, par ce chemin fleuri qui l'avait conduit à la muraille.
Il revoyait le cheval hennissant; il revoyait le mur dégradé; il revoyait les deux ombres amoureuses et fuyantes; il entendait le cri de Diane, ce cri qui avait retenti au plus profond de son cœur.
Alors, indifférent au bruit, à la lumière, au repas même, oubliant à côté de qui et en face de qui il se trouvait, il s'ensevelissait dans sa propre pensée, laissant son front se couvrir peu à peu de nuages, et chassant de sa poitrine un sourd gémissement qui attirait l'attention des convives étonnés.
– Vous tombez de lassitude, monsieur le grand veneur, dit le prince; en vérité, vous feriez bien d'aller vous coucher.
– Ma foi, oui, dit Livarot, le conseil est bon, et, si vous ne le suivez pas, vous courez grand risque de vous endormir dans votre assiette.
– Pardon, monseigneur, dit Monsoreau en relevant la tête; en effet, je suis écrasé de fatigue.
– Enivrez-vous, comte, dit Antraguet, rien ne délasse comme cela.
– Et puis, murmura Monsoreau, en s'enivrant on oublie.
