– Oui, messieurs, donnez-les-moi, dit le comte, et je vous promets de les bien employer.


– Maintenant, notre grand veneur, dit le duc, je vous permets d'aller trouver votre lit. Que l'on conduise M. de Monsoreau à son appartement!


M. de Monsoreau salua et sortit, soulagé d'un grand fardeau, la contrainte.


Les gens affligés aiment la solitude plus encore que les amants heureux.

II Comment le roi Henri III apprit la fuite de son frère bien-aimé le duc d'Anjou, et de ce qui s'ensuivit.

Une fois le grand veneur sorti de la salle à manger, le repas continua plus gai, plus joyeux, plus libre que jamais.


La figure sombre du Monsoreau n'avait pas peu contribué à maintenir les jeunes gentilshommes; car, sous le prétexte et même sous la réalité de la fatigue, ils avaient démêlé cette continuelle préoccupation de sujets lugubres qui imprimait au front du comte cette tache de tristesse mortelle qui faisait le caractère particulier de sa physionomie.


Lorsqu'il fut parti, et que le prince, toujours gêné en sa présence, eut repris son air tranquille:


– Voyons, Livarot, dit le duc, tu avais, lorsque est entré notre grand veneur, commencé de nous raconter votre fuite de Paris. Continue.


Et Livarot continua.


Mais, comme notre titre d'historien nous donne le privilège de savoir mieux que Livarot lui-même ce qui s'était passé, nous substituerons notre récit à celui du jeune homme. Peut-être y perdra-t-il comme couleur, mais il y gagnera comme étendue, puisque nous savons ce que Livarot ne pouvait savoir, c'est-à-dire ce qui s'était passé au Louvre.


Vers le milieu de la nuit, Henri III fut réveillé par un bruit inaccoutumé qui retentissait dans le palais, où cependant, le roi une fois couché, le silence le plus profond était prescrit.



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