Comprenant qu’il avait affaire à des presque demeurés obstinés jusqu’au délire, Gamel Dâr Hachid demanda à Francis Macheprot de noter les coordonnées de son rejeton sur une fiche et promit de contacter Mathieu incessamment. Après quoi il prétexta un rendez-vous d’état-major et congédia le couple. Dans l’antichambre, le panier noir leur fut restitué. Ils quittèrent la caserne d’une allure guillerette.

La place accablée de soleil (comme il serait écrit dans une œuvre d’inspiration purement littéraire) était presque déserte. Les Macheprot se dirigèrent vers la rue la plus proche où, dans une zone d’ombre précaire, les attendait une voiture. Ils y prirent place. Le chauffeur s’arracha à sa somnolence, glissa le chapelet de prière, qu’il égrenait distraitement, dans la poche de sa blouse grise et démarra sans un mot.

Il conduisit les Macheprot а l’aéroport où ils s’enregistrèrent sur le vol Swissair 229 qui décollait à 15 h 20.


A 16 heures, le conseil du mercredi groupant tous les responsables des centres entraînement de Tri-poli et de Benghazi se réunit dans le bureau du colonel Gamel Dâr Hachid pour une conférence de routine. L’aréopage se composait d’une dizaine de personnes officiers supérieurs, conseillers spéciaux, délégués du pouvoir central.

Gamel qui présidait la séance parcourut la petite assemblée d’un regard dominateur, les pouces fichés à l’intérieur de son ceinturon de cuir.

— Je crois que tout le monde est là, dit-il, satisfait, nous allons pouvoir commencer.

Ce furent ses ultimes paroles et il est intéressant de constater que cet homme acheva sa vie par le verbe « commencer ». L’existence est pleine d’ironie.

La bombe déposée sous le bureau par le père Macheprot, grâce à sa chaussure orthopédique truquée, était si puissante qu’un seul des assistants eut la vie sauve. Encore lui manquait-il un bras et une jambe après l’explosion.



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