Ils se parlaient et s'écoutaient avec une émotion joyeuse qu'ils n'avaient jamais ressentie. Et pourtant qu'avaient-ils à se raconter? Leurs deux villages, l'un près de Smolensk, l'autre perdu dans les marécages de Pskov. Une année de famine vécue dans leur enfance et qui semblait maintenant, en pleine guerre, quelque chose de tout à fait ordinaire. Un été lointain passé dans un camp de pionniers et figé sur une photo jaunie – une trentaine de gamins au crâne rasé, immobilisés dans une tension un peu défiante sous une banderole rouge: «Merci au camarade Staline pour notre enfance heureuse!» Il était assis à droite d'un pionnier robuste et renfrogné derrière son tambour et, comme tous ses camarades, envoûté, il fixait l'objectif…

Un soir, ils sortirent de l'école, tout en parlant traversèrent lentement le village à demi brûlé et s'arrêtèrent près de la dernière isba. Il n'en restait qu'une carcasse noircie, une dentelle calcinée dans l'air froid du printemps. À l'intérieur on discernait la forme grise d'un grand poêle couvert de tisons. Mais tout autour, sur la terre, on voyait déjà le reflet bleu de l'herbe nouvelle. Au-dessus d'une palissade démolie brillait timidement dans le crépuscule transparent la branche pâle d'un pommier en fleur.

Ils se taisaient. Lui, comme par curiosité, scrutait l'intérieur de l'isba. Elle, caressait distraitement les grappes blanches du pommier. «Quel poêle! dit-il enfin. Il ressemble au nôtre. Nous avions la même léjanka

«Chez nous, les Fritz sont arrivés en été. Ils ont occupé le village, pris leurs quartiers. Deux jours après, en pleine nuit, les partisans ont attaqué. Ils ont fait sauter l'entrepôt des Fritz, en ont tué plusieurs. Mais pour les déloger… ils n'étaient pas assez armés. Ils se sont repliés dans la forêt. Le matin, les Allemands étaient enragés, ils ont mis le feu aux deux bouts du village. Ceux qui essayaient de s'échapper, on les abattait sur place. Pourtant il ne restait plus que les femmes et les enfants.



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