ELLE S'ÉTAIT PROBABLEMENT ASSOUPIE, parce qu'elle ne l'avait pas entendu venir, mais elle fut parfaitement éveillée quand la porte s'ouvrit. La lumière de l'ouverture l'aveugla.

Il était venu quand même.

Il était grand. Elle ne connaissait pas son âge, mais il était adulte. Ses cheveux étaient roux et touffus, il avait des lunettes à monture noire et une barbiche clairsemée. Il sentait l'après-rasage.

Elle haïssait son odeur.

Il resta en silence au pied du lit et la contempla un long moment.

Elle haïssait son silence.

Son visage n'était pas éclairé et elle ne le percevait que comme une silhouette à contre-jour. Brusquement, il lui parla. Sa voix était grave et nette et il insistait avec affectation sur chaque mot.

Elle haïssait sa voix.

Il dit qu'il voulait lui souhaiter un bon anniversaire, puisque c'en était le jour. La voix n'était ni désagréable ni ironique. Elle était neutre. Elle devina qu'il lui souriait.

Elle le haïssait.

Il s'approcha et contourna la couchette pour venir près de sa tête, posa le dos d'une main humide sur son front et glissa les doigts le long de la racine des cheveux en un geste sans doute destiné à être amical. C'était son cadeau d'anniversaire.

Elle haïssait qu'il la touche.


IL LUI PARLAIT. Elle vit sa bouche remuer mais elle ne laissa pas entrer le son de sa voix. Elle ne voulait pas écouter. Elle ne voulait pas répondre. Elle l'entendit élever la voix. Une note d'irritation due à son refus de répondre s'était glissée dans les mots. Il parlait de confiance réciproque. Au bout de plusieurs minutes, il se tut. Elle ignora son regard. Puis il haussa les épaules, contourna le lit par la tête et ajusta les courroies de cuir. Il serra le harnais d'un cran et se pencha sur elle.



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