
Bien sûr, il y avait matière et matière. Un individu originaire d’un siècle où la culture était basée sur l’utilisation de l’énergie aurait pu ne pas s’en rendre compte et ne voir dans toute matière que des variations mineures à partir d’une structure dense, lourde et barbare. Toutefois, pour Harlan, venant d’une époque axée sur l’utilisation de la matière, il y avait du bois, du métal (avec ses subdivisions en lourd et léger), des plastiques, des silicates, du ciment, du cuir, etc.
Mais une matière composée uniquement de miroirs !
Telle fut sa première impression du 2456e siècle. Chaque surface réfléchissait la lumière et étincelait. Tout semblait n’être que surfaces parfaitement polies : c’était l’effet d’une mince couche moléculaire. Et dans la réflexion sans fin de lui-même, du Sociologue Voy, de tout ce qu’embrassait son regard, détails ou vision d’ensemble, sous tous les angles, régnait la confusion. Une confusion et une nausée horribles !
« Je suis confus, dit Voy. C’est la coutume du siècle et la Section qui est assignée à celui-ci considère que le fait d’adopter les usages partout où la chose est possible constitue un excellent entraînement. Au bout d’un certain temps, vous vous y habituerez. »
Voy allait d’un pas rapide, au-dessus de l’image renversée d’un autre lui-même qui le suivait comme une ombre. Il parvint près d’un indicateur ultra-sensible dont il ramena au point zéro le cadran à graduation en spirale.
Les réflexions disparurent ; l’excès de lumière s’éteignit. Harlan sentit son monde reprendre pied.
« Si vous voulez venir avec moi à présent », dit Voy.
Harlan le suivit à travers des corridors vides qui, il le savait, avaient dû être quelques instants plus tôt une véritable débauche de lumière et de reflets, gravit un plan incliné, traversa une antichambre et pénétra dans un bureau.
