Un archimage, au prix d’un grand effort et d’une grosse dépense de temps, arriverait peut-être à obtenir un petit bourdon en bois de poirier savant. L’arbre ne poussait que sur les sites de magie ancienne. Il n’existait sûrement pas plus de deux bourdons de ce type dans toutes les cités de la mer Circulaire. Un gros coffre en poirier savant… Rincevent essaya de calculer et conclut que, même si la malle était pleine à craquer d’opales étoilées et de baguettes d’auricholate, le contenu ne dépasserait pas le dixième de la valeur du contenant. Une veine se mit à battre sur son front.

Il se leva et s’approcha du trio.

« Je peux vous aider ? hasarda-t-il.

— Tire-toi, Rincevent, gronda Dularge.

— Je me disais seulement que ça pourrait être utile de s’adresser à ce monsieur dans sa propre langue, répliqua aimablement le mage.

— Il s’en sort très bien tout seul », fit l’aubergiste qui recula quand même de quelques pas.

Rincevent sourit poliment à l’étranger et risqua quelques mots de chimérien. Il était fier de sa maîtrise de la langue, mais il ne suscita que de l’étonnement chez l’étranger.

« Ça ne marchera pas, intervint Colinmaille du ton du gars au courant. C’est le livre, vous voyez. Il lui dit quoi dire. Magique. »

Rincevent tâta alors du haut borograve, du vanglemesht, du sumtri et même de l’orougou noir, langue qui ne possède aucun nom et qu’un seul adjectif, obscène d’ailleurs. Chaque tentative rencontra une incompréhension polie. En désespoir de cause, il essaya le trob barbare, et la figure du petit homme se fendit d’un sourire ravi.



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