
— Euh… Merci, monseigneur, répondit Rincevent d’une voix pitoyable.
— Il y a un autre détail, évidemment. Ce serait une tragédie s’il arrivait quoi que ce soit de fâcheux à notre petit visiteur. Ce serait terrible s’il mourait, par exemple. Terrible pour le pays tout entier, parce que l’empereur agatéen se soucie de son peuple et qu’il pourrait sûrement nous éliminer d’un signe de tête. D’un simple signe de tête. Et ce serait terrible pour toi, Rincevent, parce que dans les semaines qui nous resteraient avant le débarquement de la formidable flotte impériale de mercenaires, certains de mes serviteurs s’occuperaient de ta personne dans l’espoir que les capitaines ivres de vengeance, à leur arrivée, se radoucissent à la vue de ton corps toujours en vie. Il existe certains sortilèges qui empêchent la vie de quitter un corps, aux dieux ne plaise qu’on en arrive à de telles extrémités, et… Je vois à ta mine que tu commences à comprendre ?
— Aaargl.
— Je te demande pardon ?
— Oui, monseigneur. Je… euh… j’y veillerai… je veux dire, je ferai mon possible pour veiller… je veux dire… enfin, j’essayerai de prendre soin de lui et de veiller à ce qu’il ne lui arrive rien de mal. » Et après ça j’irai jongler avec des boules de neige en enfer, ajouta-t-il amèrement dans l’intimité de son crâne.
« Épatant ! J’ai déjà cru comprendre que Deuxfleurs et toi êtes en bons termes. Un excellent début. Quand il repartira sain et sauf dans son pays, tu n’auras pas affaire à un ingrat. Je lèverai même sûrement les accusations qui pèsent sur toi. Merci, Rincevent. Tu peux partir. »
