
Tout le centre de Morpork était désormais livré aux flammes, et les citoyens plus riches et plus honorables d’Ankh, sur la rive d’en face, affrontaient bravement la situation en démolissant frénétiquement les ponts. Mais déjà, à Morpork, les bateaux à quai – chargés de grain, de coton, de bois d’œuvre et calfatés au goudron – flambaient joyeusement puis, leurs amarres réduites en cendres, fendaient le fleuve Ankh avec la marée descendante et dérivaient vers la mer telles des lucioles en train de se noyer, mettant au passage le feu aux palais et pavillons riverains. N’importe comment, des étincelles poussées par le vent atterrissaient loin sur l’autre rive dans des jardins retirés ou des cours de fermes reculées.
La fumée du feu de joie s’élevait à des kilomètres de hauteur, en une colonne noire sculptée par le vent, visible de partout sur le Disque-monde.
Il faisait sûrement grosse impression depuis le sommet d’une colline fraîche et sombre, distante de quelques lieues, où deux silhouettes regardaient le spectacle avec grand intérêt.
La plus grande mâchonnait une cuisse de poulet, appuyée sur une épée à peine plus courte qu’un homme de taille normale. Sans l’impression d’intelligence méfiante que dégageait l’individu, on aurait pu le prendre pour un barbare des terres désolées du Moyeu.
Son compère, beaucoup plus petit, était enveloppe de la tête aux pieds dans une cape brune. Plus loin, quand l’occasion se présentera, on constatera qu’il se déplace avec une légèreté toute féline.
