
— Ça doit être contrariant pour les aubergistes.
— Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Ça fait partie des risques de la profession, je pense. »
Deuxfleurs le regarda d’un air songeur.
« Là, je pourrais peut-être les aider, dit-il. Les risques, c’est mon métier. Dites, c’est un peu gras, ce qu’on mange, non ?
— Vous vouliez goûter aux spécialités morporkiennes, vous avez dit, répliqua Rincevent. C’est quoi, cette histoire de risques ?
— Oh, je connais tout sur les risques. C’est mon métier.
— C’est bien ce qu’il m’avait semblé entendre. Je ne vous ai pas cru, d’ailleurs.
— Oh, des risques, je n’en prends pas. Ce qui m’est peut-être arrivé de plus excitant, c’est de renverser de l’encre. Moi, j’évalue les risques. Jour après jour. Savez-vous quelles sont les probabilités pour qu’une maison prenne feu dans le quartier du Triangle Rouge de Bès Pélargic ? Une chance contre cinq cent trente-huit. C’est moi qui ai calculé ça, ajouta-t-il avec un accent de fierté.
— Pour… — Rincevent tenta de réprimer un rot – pour quoi faire ? ’scusez-moi. » Il se resservit du vin.
« Pour… – Deuxfleurs marqua un temps – je ne peux pas le dire en trob. Je ne crois pas que les béTrobi ont un mot pour ça. Dans ma langue, ça s’appelle…» Il proféra une suite de syllabes barbares.
« Hache-sueur-rance, répéta Rincevent. Un drôle de mot. Qu’esse ça veut dire ?
— Eh bien, supposez que vous ayez un bateau chargé, disons, de lingots d’or. Il risque d’essuyer des tempêtes ou de se faire capturer par des pirates. Vous ne tenez pas à ce que ça arrive, alors vous contractez une peau-lisse-d’hache-sueur-rance. Je calcule les chances que vous avez de perdre votre cargaison d’après les avis de tempête et les rapports d’actes de piraterie au cours des vingt dernières années, ensuite je les augmente un petit peu, et vous me donnez de l’argent en fonction de ces chances…
