
— C’était l’entrepôt des huiles qui sautait », expliqua Rincevent qui grimaça au souvenir de la pluie ardente.
La Fouine se retourna et sourit, l’air d’attendre, à l’adresse de son compagnon qui grogna et lui tendit une pièce tirée de sa bourse. Puis un cri s’éleva sur la route avant de s’interrompre soudain. Rincevent ne leva pas les yeux de son poulet.
« Entre autres choses, il ne sait pas monter à cheval », dit-il. Puis il se raidit comme assommé par un souvenir brutal, lâcha un glapissement bref de terreur et se précipita dans l’obscurité. Lorsqu’il revint, le dénommé Deuxfleurs lui pendait mollement sur l’épaule. Petit et malingre, il était très curieusement vêtu d’une culotte coupée aux genoux et d’une chemise aux couleurs si violemment incompatibles que l’œil délicat de la Fouine s’en offusqua, même dans la pénombre.
« Rien de cassé, à première vue », dit Rincevent. Il soufflait comme un bœuf. Bravd lança un clin d’œil à la Fouine et voulut aller étudier de plus près la forme qu’ils prenaient pour un animal de bât.
« Tu ferais mieux de laisser tomber, dit le mage sans interrompre son examen de Deuxfleurs inconscient. Crois-moi. Un pouvoir le protège.
— Un sortilège ? demanda la Fouine en s’accroupissant.
— No-on. Mais une espèce de magie, d’après moi. Pas du type habituel. Je veux dire, c’est une magie qui peut changer l’or en cuivre mais en même temps ça reste de l’or, qui enrichit les gens en détruisant leurs biens, qui permet au faible de marcher sans crainte au milieu des voleurs, qui passe à travers les portes les plus solides pour soutirer les trésors les mieux gardés. Elle me tient en ce moment – je suis obligé de suivre ce fou bon gré mal gré et d’éviter qu’on lui fasse du mal. Elle est plus forte que toi, Bravd. Elle est même, à mon avis, plus rusée que toi, la Fouine.
