
Les portes étaient en chêne, durcies par la chaleur et le temps, ce qui ne les empêcha pas d’exploser jusque de l’autre côté de la rue.
Le forgeron entendit un bruit dans le ciel tandis qu’il se dépêchait sur le sentier. Mémé aussi. C’était un vrombissement décidé, comme un vol d’oies, et les nuages de neige bouillonnèrent et se tirebouchonnèrent à son passage.
Les loups aussi l’entendirent quand il vira à basse altitude au-dessus de la cime des arbres et s’écrasa comme un bolide dans la clairière. Ils l’entendirent hélas bien trop tard.
Mémé Ciredutemps n’avait plus besoin de suivre les traces désormais. Elle se dirigea vers les éclairs de lumière bizarre au loin, les curieux sifflements, les mystérieux chocs sourds et les hurlements de douleur et de terreur.
Deux loups la croisèrent en trombe, les oreilles basses, farouchement résolus à ne pas se laisser arrêter par le moindre obstacle en travers de leur chemin.
Il y eut un craquement de branches cassées. Quelque chose de gros et lourd atterrit dans un sapin près de la sorcière avant de s’écraser en gémissant dans la neige. Un autre loup fila dans une trajectoire rectiligne à hauteur de tête et rebondit sur un tronc d’arbre.
Le silence se fit.
Mémé se fraya un passage entre les branches enneigées.
Elle vit que la neige était tassée en un cercle blanc. Quelques loups gisaient à la périphérie, morts ou sagement décidés à ne pas faire le moindre mouvement.
Le bourdon se tenait tout droit dans la neige et Mémé eut l’impression qu’il se tournait pour la regarder tandis qu’elle le dépassait à pas comptés.
Il y avait aussi un petit tas au centre du cercle, étroitement recroquevillé sur lui-même. Mémé s’agenouilla avec quelque peine et avança doucement la main.
