
«Qu’est-ce que ceci peut bien signifier?» articulai je après avoir relu cette annonce extraordinaire.
Holmes gloussa, et il se tortilla dans son fauteuil: c’était chez lui un signe d’enjouement.
«Nous voici hors des sentiers battus, n’est-ce pas? Maintenant monsieur Wilson, venons-en aux faits. Racontez-nous tout: sur vous-même, sur votre famille et sur les conséquences qu’entraîna cette annonce sur votre existence. Docteur, notez d’abord le nom du journal et la date.
– Morning Chronicle du 11 août 1890. Il y a donc deux mois de cela.
– Parfait! A vous, monsieur Wilson.
– Hé bien! les choses sont exactement celles que je viens de vous dire, monsieur Holmes! dit Jabez Wilson en s’épongeant le front. Je possède une petite affaire de prêts sur gages à Coburg Square, près de la City. Ce n’est pas une grosse affaire: ces dernières années, elle m’a tout juste rapporté de quoi vivre. J’avais pris avec moi deux commis; mais à présent un seul me suffit. Et je voudrais avoir une affaire qui marche pour le payer convenablement, car il travaille à mi-traitement comme débutant.
– Comment s’appelle cet obligeant jeune homme? s’enquit Holmes.
– Vincent Spaulding, et il n’est plus tellement jeune. Difficile de préciser son âge!… Je ne pourrais pas souhaiter un meilleur collaborateur, monsieur Holmes. Et je sais très bien qu’il est capable de faire mieux, et de gagner le double de ce que je lui donne. Mais après tout, s’il s’en contente, pourquoi lui mettrais-je d’autres idées dans la tête?
– C’est vrai: pourquoi? Vous avez la chance d’avoir un employé qui accepte d’être payé au-dessous du tarif; à notre époque il n’y a pas beaucoup d’employeurs qui pourraient en dire autant. Mais est-ce que votre commis est tout aussi remarquable dans son genre, que l’annonce de tout à l’heure?
