
– Jamais entendu parler de la Ligue des Rouquins? interroge Spaulding en écarquillant les yeux.
– Jamais!
– Eh bien! ça m’épate! En tout cas, vous pourriez obtenir l’un des postes vacants.
– Et qu’est-ce que ça me rapporterait?
– Oh! pas loin de deux cents livres par an! Et le travail est facile: il n’empêche personne de s’occuper en même temps d’autre chose.”
«Bon. Vous devinez que je dresse l’oreille; d’autant plus que depuis quelques années les affaires sont très calmes. Deux cents livres de plus? cela m’arrangerait bien!
“Vide ton sac! dis je à mon commis.
– Voilà… (il me montre le journal et l’annonce). Vous voyez bien qu’à la Ligue, il y a un poste vacant; ils donnent même l’adresse où se présenter. Pourtant que je me souvienne, la Ligue des rouquins a été fondée par un millionnaire américain, du nom d’Ezechiah Hopkins. C’était un type qui avait des manies: il avait des cheveux roux et il aimait bien tous les rouquins; quand il mourut, on découvrit qu’il avait laissé son immense fortune à des curateurs qui avaient pour instruction de fournir des emplois de tout repos aux rouquins. D’après ce que j’ai entendu dire, on gagne beaucoup d’argent pour ne presque rien faire.
– Mais, dis-je, des tas et des tas de rouquins vont se présenter?
– Pas tant que vous pourriez le croire. D’ailleurs c’est un job qui est pratiquement réservé aux Londoniens. L’Américain a démarré de Londres quand il était jeune, et il a voulu témoigner sa reconnaissance à cette bonne vieille ville. De plus, on m’a raconté qu’il était inutile de se présenter si l’on avait des cheveux d’un roux trop clair ou trop foncé; il faut avoir des cheveux vraiment rouges: rouges flamboyants, ardents, brûlants! Après tout, monsieur Wilson, qu’est-ce que vous risquez à vous présenter? Vous n’avez qu’à y aller: toute la question est de savoir si vous estimez que quelques centaines de livres valent le dérangement d’une promenade.”
