
Roehm parmi les douze chefs nazis que Hitler vient de distinguer est le seul qui ait eu le privilège d’être tutoyé. « Je rends grâce à la Destinée », écrit Hitler : six mois plus tard, sur son ordre, Roehm sera abattu. Telle est la Destinée.
LE DISCOURS DU 13 JUILLET 1934
Ernst Roehm : exécution sommaire donc. Traître au nazisme et au Führer ou trahi par le chef machiavélique qui l’entourait d’égards pour mieux le perdre, comme dans un drame shakespearien où le meurtre, l’hypocrisie et la bassesse se mêlent dans les intrigues pour le pouvoir ?
Hitler attendra près de deux semaines, deux longues semaines après la nuit sanglante, pour donner au peuple allemand l’explication officielle des événements.
La chaleur depuis les derniers jours de juin n’a fait qu’augmenter. Le vendredi 13 juillet, une atmosphère lourde écrase ainsi la capitale du Reich. Le Reichstag est convoqué pour le soir. À partir de 19 heures, des voitures officielles, descendent les députés nazis en uniforme, devant l’Opéra Kroll, à l’ouest de la Koenigplatz, entre les jardins du Tiergarten et la Spree, dans ce quartier de Berlin aéré et calme. Ils se rassemblent, pénètrent par groupes compacts dans l’Opéra, lourde bâtisse de style néo-classique construite à la fin du XIXeme siècle et où, depuis l’incendie des bâtiments du Reichstag le 27 février 1933, siège le Parlement. Les saluts nazis se succèdent, les uniformes noirs et blancs se mêlent. C’est un monde d’hommes vigoureux, autour de la cinquantaine, les cheveux coupés courts, les gestes sûrs, la parole haute. Ils sont les vainqueurs depuis le 30 janvier 1933. Et ils sont aussi depuis le 30 juin 1934 des hommes qui ont échappé à une première épuration.
Quand Hitler entre et se dirige vers la tribune – gardée par des S.S., car on craint un attentat – tout le monde est debout et salue.
