
– Tiens! Ma porte n’était donc pas fermée? dit-elle.
– J’ai frappé; tu n’as pas répondu, Alissa, tu sais que je pars demain?
Elle ne répondit rien, mais posa sur la cheminée le collier qu’elle ne parvenait pas à agrafer. Le mot: fiançailles me paraissait trop nu, trop brutal, j’employai je ne sais quelle périphrase à la place. Dès qu’Alissa me comprit, il me parut qu’elle chancela, s’appuya contre la cheminée… mais j’étais moi-même si tremblant que craintivement j’évitais de regarder vers elle.
J’étais près d’elle et, sans lever les yeux, lui pris la main; elle ne se dégagea pas, mais, inclinant un peu son visage et soulevant un peu ma main, elle y posa ses lèvres et murmura, appuyée à demi contre moi:
– Non, Jérôme, non; ne nous fiançons pas, je t’en prie…
Mon cœur battait si fort que je crois qu’elle le sentit; elle reprit plus tendrement: – Non, pas encore…
Et comme je lui demandais:
– Pourquoi?
– Mais c’est moi qui peux te demander: pourquoi? pourquoi changer?
Je n’osais lui parler de la conversation de la veille, mais sans doute elle sentit que j’y pensais, et, comme une réponse à ma pensée, dit en me regardant fixement:
– Tu te méprends, mon ami: je n’ai pas besoin de tant de bonheur. Ne sommes-nous pas heureux ainsi?
Elle s’efforçait en vain à sourire.
– Non, puisque je dois te quitter.
– Écoute, Jérôme, je ne puis te parler ce soir… Ne gâtons pas nos derniers instants… Non, non. Je t’aime autant que jamais; rassure-toi. Je t’écrirai; je t’expliquerai. Je te promets de t’écrire, dès demain… dès que tu seras parti. – Va, maintenant! Tiens, voici que je pleure… laisse-moi.
Elle me repoussait, m’arrachait d’elle doucement – et ce furent là nos adieux, car ce soir je ne pus plus rien lui dire et, le lendemain, au moment de mon départ, elle s’enferma dans sa chambre. Je la vis à sa fenêtre me faire signe d’adieu en regardant s’éloigner la voiture qui m’emportait.
