
Robert également, dont jusqu’à présent je ne vous ai qu’à peine parlé, avait pu, rentrant à Paris quelques jours après moi, me donner des nouvelles de ses sœurs. À cause d’elles je m’occupais de lui plus que la pente de mon caractère ne m’y eût naturellement porté; chaque fois que l’école d’agriculture où il était entré le laissait libre, je me chargeais de lui et m’ingéniais à le distraire.
C’est par lui que j’avais appris ce que je n’osais demander à Alissa ni à ma tante: Édouard Teissières était venu très assidûment prendre des nouvelles de Juliette; mais quand Robert avait quitté le Havre, elle ne l’avait pas encore revu. J’appris aussi que Juliette, depuis mon départ, avait gardé devant sa sœur un obstiné silence que rien n’avait pu vaincre.
Puis, par ma tante, peu après, je sus que ces fiançailles de Juliette, qu’Alissa, je le pressentais, espérait voir aussitôt rompues, Juliette elle-même avait demandé qu’on les rendît le plus tôt possible officielles. Cette détermination contre laquelle conseils, injonctions, supplications se brisaient, barrait son front, bandait ses yeux et la murait dans son silence…
Du temps passa. Je ne recevais d’Alissa, à qui du reste je ne savais quoi écrire, que les plus décevants billets. L’épais brouillard d’hiver m’enveloppait; ma lampe d’étude, et toute la ferveur de mon amour et de ma foi écartaient mal, hélas! la nuit et le froid de mon cœur. Du temps passa.
Puis, un matin de printemps subit, une lettre d’Alissa à ma tante, absente du Havre en ce moment – que ma tante me communiqua – d’où je copie ce qui peut éclairer cette histoire:
