Vers Dieu m’élève aujourd’hui?

Malheureux l’homme qui fonde

Sur les hommes son appui!


auxquels j’avoue que je préfère infiniment le simple verset de Jérémie. Sans doute, Jérôme avait alors choisi cette carte sans faire grande attention au verset. Mais, si j’en juge d’après ses lettres, ses dispositions aujourd’hui sont assez semblables aux miennes, et je remercie Dieu chaque jour de nous avoir du même coup rapprochés tous deux de Lui.


Me souvenant de notre conversation, je ne lui écris plus aussi longuement que par le passé, pour ne pas le troubler dans son travail. Tu vas trouver sans doute que je me dédommage en parlant de lui d’autant plus; de peur de continuer, j’arrête vite ma lettre; pour cette fois, ne me gronde pas trop.


Quelles réflexions me suggéra cette lettre! Je maudis l’indiscrète intervention de ma tante (qu’était-ce que cette conversation à laquelle Alissa faisait allusion et qui me valait son silence?), la maladroite attention qui la poussait à me communiquer ceci. Si déjà je supportais mal le silence d’Alissa, ah! ne valait-il pas mieux mille fois me laisser ignorer que, ce qu’elle ne me disait plus, elle l’écrivait à quelque autre! Tout m’irritait ici: et de l’entendre raconter si facilement à ma tante les menus secrets d’entre nous, et le ton naturel, et la tranquillité, le sérieux, l’enjouement…


– Mais non, mon pauvre ami! rien ne t’irrite, dans cette lettre, que de savoir qu’elle ne t’est pas adressée, me dit Abel, mon compagnon quotidien, Abel à qui seul je pouvais parler et vers qui, dans ma solitude, me repenchaient sans cesse faiblesse, besoin plaintif de sympathie, défiance de moi, et, dans mon embarras, crédit que j’attachais à son conseil, malgré la différence de nos natures, ou à cause d’elle plutôt…


– Étudions ce papier, dit-il en étalant la lettre sur son bureau.


Trois nuits avaient déjà passé sur mon dépit que j’avais su garder par devers moi quatre jours! J’en venais presque naturellement à ce que mon ami sut me dire:



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