
– C’est moi, peut-être! reprit aigrement la baronne, si jamais peut paraître aigre la voix de la femme qui nous aime et qui nous reproche de ne pas l’aimer.
– Avec vos beaux yeux n’avez-vous pas vu plus loin, baronne? Non, non, ce n’est pas Henri de Navarre qui épouse Marguerite de Valois.
– Et qui est-ce donc alors?
– Eh, sang-diou! c’est la religion réformée qui épouse le pape, voilà tout.
– Nenni, nenni, Monseigneur, et je ne me laisse pas prendre à vos jeux d’esprit, moi: Votre Majesté aime madame Marguerite, et je ne vous en fais pas un reproche, Dieu m’en garde! elle est assez belle pour être aimée.
Henri réfléchit un instant, et tandis qu’il réfléchissait, un bon sourire retroussa le coin de ses lèvres.
– Baronne, dit-il, vous me cherchez querelle, ce me semble, et cependant vous n’en avez pas le droit; qu’avez-vous fait, voyons! pour m’empêcher d’épouser madame Marguerite? Rien; au contraire, vous m’avez toujours désespéré.
– Et bien m’en a pris, Monseigneur! répondit madame de Sauve.
– Comment cela?
– Sans doute, puisque aujourd’hui vous en épousez une autre.
– Ah! je l’épouse parce que vous ne m’aimez pas.
– Si je vous eusse aimé, Sire, il me faudrait donc mourir dans une heure!
– Dans une heure! Que voulez-vous dire, et de quelle mort seriez-vous morte?
– De jalousie… car dans une heure la reine de Navarre renverra ses femmes, et Votre Majesté ses gentilshommes.
– Est-ce là véritablement la pensée qui vous préoccupe, ma mie?
– Je ne dis pas cela. Je dis que, si je vous aimais, elle me préoccuperait horriblement.
– Eh bien, s’écria Henri au comble de la joie d’entendre cet aveu, le premier qu’il eût reçu, si le roi de Navarre ne renvoyait pas ses gentilshommes ce soir?
