
Le tronçon de quai perpendiculaire à l'axe du canal, qui ferme celui-ci et permet aux voitures comme aux piétons de passer d'une rive à l'autre, longe une grille de fer en mauvais état, derrière laquelle on n'aperçoit que des arbres, de grands tilleuls qui, à l'instar des constructions avoisinantes, ont survécu aux bombardements sans mutilations ni blessures visibles, eux aussi toujours identiques – s'imagine le voyageur – à ce qu'ils étaient il y a si longtemps. La rue Feldmesseur se termine donc là, en impasse. Ce détail a d'ailleurs été signalé par une très aimable serveuse de la brasserie Spartakus (le glorieux révolté thrace ayant aujourd'hui laissé son nom à une marque de bière berlinoise). Au-delà de ces vieux arbres – a-t-elle précisé – à l'ombre desquels croissent des herbes sauvages et des ronces, commence la zone d'occupation russe, marquant la limite nord de Kreuzberg.
Cependant le voyageur est tiré de ses visions récurrentes, d'un passé enfoui qui resurgit en lambeaux, par une série d'événements sonores fort peu citadins: le chant d'un coq, qui se répète à trois reprises, clair et mélodieux en dépit de son éloignement, non plus dans le temps, mais cette fois dans l'espace. La qualité acoustique du cri, que ne vient troubler aucun bruit parasite, permet alors de mesurer celle du silence inhabituel au milieu duquel il s'élève et se propage en longues résonances. Wallon s'en rend compte à présent: depuis qu'il est entré dans cette rue provinciale, à l'écart 