
Elle poussa un cri d'effroi.
Si les serpents ne sont pas dotés d'ouïe, leur langue extrêmement sensible leur permet de percevoir les vibrations de l'air. Pour eux, ce cri résonna comme une détonation. Apeurés à leur tour, ils s'enfuirent en tous sens. Des mères serpentines inquiètes couvrirent leurs serpenteaux en se déhanchant pour former des S nerveux.
La jeune fille passa une main sur son visage, releva la mèche qui gênait son regard, recracha la terre- amère et s'efforça de remonter la pente. Elle était trop raide et son talon l'élançait. Elle se résigna à se rasseoir et à appeler.
– Au secours! papa, au secours! Je suis là, tout en bas. Viens m'aider! Au secours!
Elle s'égosilla longtemps. En vain. Elle était seule et blessée au fond d'un précipice et son père n'intervenait pas. Se serait-il égaré lui aussi? En ce cas, qui la découvrirait au plus profond de cette forêt, au-delà de tant de massifs de fougères?
La jeune fille brune aux yeux gris clair respira très fort, s'efforçant de calmer son cœur battant. Comment sortir de ce piège?
Elle essuya la boue qui maculait encore son front et observa les alentours. Sur sa droite, au bord du fossé, elle distingua une zone plus sombre traversant les hautes herbes. Tant bien que mal, elle s'y dirigea. Des chardons et des chicorées dissimulaient l'entrée d'une sorte de tunnel creusé à même la terre. Elle s'interrogea sur l'animal qui avait édifié ce terrier géant. C'était trop grand pour un lièvre, pour un renard ou un blaireau. Il n'y avait pas d'ours dans cette forêt. Était-ce le refuge d'un loup?
Toutefois, l'endroit bas de plafond était suffisamment spacieux pour laisser passer une personne de taille moyenne. Elle n'en menait pas large en s'y aventurant, mais elle espérait que ce passage lui permettrait de déboucher quelque part. Alors, à quatre pattes, elle s'enfonça dans ce couloir de limon.
