– Eh bien! monsieur Holmes, je conviens que ce que vous dites est intéressant. C'est plus qu'intéressant: tout simplement captivant. Mais si vous le pouvez, creusons donc encore un peu. Est-ce par des escroqueries, de la fausse monnaie, des cambriolages qu'il se fait de l'argent?


– Avez-vous jamais lu quelque chose sur Jonathan Wild?


– Ce nom me dit quelque chose. Ne serait-ce pas un personnage de roman? Je ne fais pas collection de romans policiers, vous savez! Les détectives accomplissent toujours des merveilles mais ils ne vous expliquent jamais comment ils réussissent.


– Jonathan Wild n'était pas un détective, ni un héros de roman. C'était un maître criminel. Il vivait au siècle dernier, vers 1750.


– Alors il ne me servirait à rien. Je suis un homme pratique.


– Monsieur Mac, la chose la plus pratique que vous pourriez faire dans votre vie serait de vous enfermer pendant trois mois et de lire douze heures par jour les annales du crime. Tout se répète, même le professeur Moriarty. Jonathan Wild était la force secrète des criminels de Londres, à qui il avait vendu son cerveau et ses dons d'organisateur moyennant une commission de 15 %. La vieille roue tourne; le même rayon reparaît. Tout a déjà été fait, tout sera encore fait. Je vous raconterai deux ou trois choses sur Moriarty qui vous amuseront peut-être.


– Je suis toutes oreilles.


– Il se trouve que je sais qui est le premier maillon dans sa chaîne. Une chaîne avec ce Napoléon du mal à une extrémité et à l'autre une centaine de boxeurs ruinés, de pickpockets, de maîtres chanteurs, de tricheurs; entre les deux extrémités, toutes les variétés du crime. Son chef d'état-major est le colonel Sebastian Moran, aussi haut placé socialement, aussi bien gardé et aussi intouchable aux yeux de la loi. Combien le paie-t-il, à votre avis?



15 из 180